Communication

#Fail – Etude de cas : les I-Sessions Awards 2016 de la Cameroun start-up Conférence

Cela fait un moment que je n’en ai pas fait, les analyses contextuelles me passionnant de plus en plus. Je suis tombé sur ce spécimen exotique au détour d’une conversation. M’étant lié d’amitié avec quelques blogueurs et entrepreneurs camerounais, j’ai appris il y a peu que certains d’entre eux avaient été nominés à un prix. Comme tout bon ami, je suis allé jeter un coup d’œil au prix en question. Grande a été ma consternation de découvrir cette… Ce… Euh… Enfin, ce… « prix ». Arward, comme son nom l’indique. J’ai hésité entre la blague de mauvais goût un peu trop élaborée (toutes les catégories partagent la même charte graphique – sick), et l’amateurisme abyssal qui se fourvoie en professionnalisme de foire. J’ai fini par opter pour la seconde option après examen des plateformes web.

Bien que je me doive d’expliquer à mes amis pourquoi ils devraient au plus tôt se désolidariser de cette initiative, il me prend l’envie de jouer au médecin avant la mort. Et de nous donner une chance de sauver ce patient agonisant pendant que les premiers signes de souffrances ravagent son corps inconscient. Mesdames et messieurs, je vais vous annoncer une tragédie : nous n’allons pas nous préoccuper de logo, de charte graphique ou de stratégie de communication, ils sont inexistants. Préparez-vous à traverser un champ de désolation. Nous y allons ?

I. Jour 1 – 18/11/2016

1/ A la recherche des informations perdues

Nous devons féliciter les organisateurs, car j’ai rarement vu un tel concentré d’anomalies. C’est un talent rare qu’il nous faut apprécier à sa juste valeur. La page Facebook de l’organisateur, le KMR Start-Up HUB, fait état de ce (ces ?) prix formidable (s) en usant des termes ci-après :

CAMEROON START-UP CONFERENCE
I-SESSIONS AWARDS 2016

Donc : il y a une grande conférence autour des startups au Cameroun qui va porter sur… Euh… Il n’y a pas de thème. Et… Et quoi en fait ? Ah, il y a des sessions de prix. Pour l’année 2016. Ne me demandez pas ce que signifie le « I », étant donné qu’il n’y a pas de II, je ne puis que me perdre en conjectures avec vous. Le titre est en anglais, le Cameroun étant un pays bilingue, ce n’est guère surprenant ; les titres sont assez confondants par contre… Mais peut-être s’agit-il d’un événement récurrent, destiné aux initiés du secteur ? Ces mentions éloquentes ne m’auraient été d’aucun secours si je ne savais de quoi il était question avant d’atterrir là. Le profane et accessoirement l’internaute non camerounais est de facto exclu de la cible, si cible il y a.

Mon premier mouvement a été de scroller la page pour tenter de glaner quelques informations. Las de ma confusion grandissante, j’ai cherché le lien censé l’éclaircir ; le soulagement qui m’a étreint en le découvrant au bon endroit est indécent. C’est l’esprit apaisé que j’ai cliqué sur le lien : www.kmrstartuphub.com. Ne vous donnez pas la peine de le faire, dans mon ébahissement, j’ai fait une capture d’écran pour m’assurer de la réalité de ce que j’avais sous les yeux.

camer-startup-hub-page

le site web de l’organisateur le 19/11/2016

L’organisateur communiquait sur un événement et il n’était pas foutu et il ne s’était pas donné la peine de fournir un lien valide au public. Ah. Je me devais d’en savoir plus sur un organisme capable de faire preuve d’une incompétence aussi rare, histoire de passer son nom à la postérité.

2/ L’organisateur

start-up-hubCe logo est… Pour le moins original. Passons. La section « à propos » de la page Facebook se montre succincte, mais pas avare, une oasis bienvenue dans ce désert informationnel. Voici ce qu’elle dit :

« Détecter, sélectionner, encadrer et sécurise les projets de création de start-up innovantes au Cameroun ».
Fermons les yeux sur le langage approximatif et les fautes d’orthographe, ces choses-là s’améliorent. La structure a pour objet des projets de création – des idées donc -, et pas des startups faites. Des projets innovants. Le Larousse dit que l’innovation est « (l’) introduction, dans le processus de production et/ou de vente d’un produit, d’un équipement ou d’un procédé nouveau. » Ah, nous voici bien avancés ; le KMR Start-up HUB est donc un espace qui incube… Des idées. Des idées qui ont des composantes novatrices. Il est donc possible de déceler l’innovation dans le processus de production ou de vente d’un produit avant que celui-ci ne soit élaboré. Bon, cela s’est déjà vu. Cela ne semble pas très sûr de s’appuyer sur quelque chose d’aussi impalpable qu’une idée, mais sait-on jamais ? Fonder une activité sur des idées est en soi un processus innovant.
En dépit des coordonnées, que je n’utiliserais pas … Soupir. Une entreprise qui ne fournit pas des informations de base sur ses activités et son métier (sa mission), suffisantes pour lui assurer un capital confiance minimum auprès du client, perd 90 % de sa cible. Les clients fuient les arnaques et l’amateurisme. Une chance pour le KMR SH, c’est le dernier qui frappe l’esprit. La page Facebook ne m’ayant pas révélé grand-chose, je me suis mis en quête du compte Twitter et, avec un peu de chance, de la page LinkedIn et du compte Instagram.
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le compte Twitter de l’organisateur

Première nouvelle, il s’agit d’un incubateur qui a ses quartiers à Douala. Cet hub possède donc la légitimité et la visibilité nécessaires à l’organisation d’un événement censé fédérer l’écosystème startup Camerounais. Les activités énoncées par les hashtags sont le lobbying, l’aide à la… (découverte, élaboration, rédaction, ou les trois à la fois ?) du business model, la tech (bon), le management, l’investissement (financier j’imagine) et le capital-risque. Ils sont donc censés disposer de fonds conséquents, puisqu’ils prennent des participations dans les startups.

A ce point, il me faut loucher sur le logo et la charte graphique… Le fait est qu’ils ne me donnent pas l’impression d’être très prospères… Mais peut-être ont-ils eu la main malheureuse sur le design et la présentation ? Oui, peut-être, mais ils inspirent de la méfiance. Pourquoi un individu leur ferait-il confiance avec son idée s’ils ne parviennent pas à gérer l’image de leur structure ? Toujours investir dans son image à la hauteur de sa narration, c’est très important. Une erreur de débutant, ou d’inconscient. Ou de vendeurs de rêves superficiels. Le fait est que sur internet, what you see is what you believe (ce que tu vois est ce que tu crois) et là, je believe que c’est du vent. Au mieux. J’ai la faiblesse de croire que l’apparence est le reflet de ce qui se passe en profondeur.

Passons au compte LinkedIn. Un article datant de l’an dernier nous renseigne. Nous apprenons en passant, qu’il s’agit de la deuxième édition. C’est officiel, nous assistons à un amateurisme consommé.

linkedin-concours

Un article annonçant le prix sur LinkedIn

Tout s’éclaire subitement, l’un des membres de l’incubateur, Raphael Songue, est coach en lean startup ! Ils comptent peut-être faire usage de ses talents pour itérer l’identité graphique de la boîte dans un futur plus ou moins proche, en jouant la crédibilité de l’entreprise entretemps. D’accord. Retrouver « I-Sessions awards », un terme plus obscur que l’obscurité, est agaçant je l’avoue, mais nous avons droit à un début d’explication, même s’il nous a fallu parcourir trois plateformes différentes pour finir par la trouver.

Les « I-Sessions Awards » sont une session (?) est une cérémonie de prix décernés aux acteurs les plus innovants de l’année. Celle de 2015 a eu lieu en février 2016. L’on nous parle encore d’innovation. Nous l’avons compris, ce mot est le centre névralgique de la mission de la structure, ok. Nous n’allons pas nous montrer tatillons au point de demander à quoi il renvoie, puisque les critères d’éligibilité se basent dessus… Plus opaque tu meurs. A ce point, je suis convaincu que cet événement est une vaste arnaque. Mais allons au fond des choses, grattons le vernis de superficialité que nous décrions tant.

« Pendant cette ceremonie, seront recompenses les startups et startuppers qui ont eu un plus grand impact, chacun dans leurs domaines d’activites. » – Raphael Songue

Encore des fautes d’orthographe. Nous souhaitons à cette occasion sensibiliser nos lecteurs sur l’existence des correcteurs d’orthographe en ligne, leur usage est gratuit. Bien. Quelqu’un peut-il avoir la bonté de nous expliquer comment diable le comité de sélection va-t-il mesurer l’impact ? Non ? Quels sont les critères retenus, critères supposés être suffisamment pertinents pour noter l’impact de domaines d’activité distincts non évoqués dans ce communiqué ? Peut-on connaître la conception de l’impact que se font les organisateurs ? Cette dernière va déterminer les critères de sélection, il est nécessaire de communiquer sur cette information, afin de faire preuve de transparence.

Il y a un lien d’inscription à la fin du communiqué, nous cliquons donc dessus. Un clic plus tard, nous avons enfin une bannière au goût douteux portant la mention « Let’s celebrate Mboa Innovation ». Il n’est fait aucune mention des startups, bien. Un conseil : faites former votre équipe de communication, on frise le tâtonnement estudiantin. Et : c’est quoi ce logo pourri dans le coin inférieur gauche de la bannière ? C’est une blague, n’est-ce pas ?

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La page Eventbrite du prix

Bref, l’événement affiche complet. Je ne peux m’empêcher de me demander qui a pris la peine de s’inscrire en ligne, après ce parcours du combattant fastidieux de plus de trois clics pour parvenir à glaner des miettes d’informations dispersées aux quatre vents… Mais peut-être s’agit-il d’une chasse au trésor originale lancée par SMS ? Quoi qu’il en soit, nous avons des horaires et un lieu : les « I-Sessions Awards 2015 » se sont tenus au pavillon royal du complexe Byblos de Douala, à Akwa, de 20 à 23 heures.

Allons jusqu’au bout de notre recherche, parcourons Instagram. La seule mention du KMR Start-up HUB que nous trouvons est un hastag, qui nous renvoie à ce post,

KMR Star-up instagram.png

Une publication faisant référence à l’organisateur sur Instagram

Les locaux – du moins ce que j’en aperçois – m’ont l’air beaucoup plus engageants que ce que j’ai vu jusque-là, qu’il s’agisse des leurs ou pas. Cela donne de la tangibilité à une chose qui me paraissait douteuse jusque-là. Un conseil : ouvrez un compte Instagram et communiquez vous-même, cela permettra à ceux qui auront la volonté d’arriver jusque-là de vous donner le bénéfice du doute.

A ce point, faisons un tour sur Google. J’ai une question : c’est quoi ça ? Un article de l’ecam censé faire un retour sur un événement avec une image… beurk, un langage comportant des approximations et un compte-rendu assez correct, bien que ne faisant montre d’aucun esprit critique. Bien. Le KMR Start-up Hub est donc bien intégré dans un tissu entrepreneurial local, il jouit même d’une certaine reconnaissance, a priori. C’est plutôt une bonne nouvelle, bien qu’assez inquiétante compte tenu de ce qui précède, je dois l’avouer.

II. Jour 2 – 19/11/2016

1/ Quelques éclaircissements bienvenus, et une grosse lacune

Une agréable surprise m’attend ce soir, le lien de l’incubateur fonctionne enfin ! Mettons le crash sur le dos d’un dysfonctionnement passager, et allons à la pêche aux infos. Sourire. Les fautes d’orthographe sont beaucoup moins nombreuses, et la charte graphique est moins bancale. Il y a du beaucoup mieux. Je découvre enfin en quoi consistent les fameuses I-Sessions (I pour « incubacteurs ») : elles font partie des événements dédiés aux startups. C’est enfin le bon endroit ! Sourire. C’est plutôt beau en fait. (Par contre, l’usage du Georgia sur une page web… Euh ? Bref. Une police sans empattement aurait été plus adaptée.)

Je ferme les yeux sur les ratés du design, me consolant avec les informations à ma portée sauf que… J’ai beau scroller, je ne trouve aucune référence aux Awards. Je suis bien sur la page des I-Sessions Afterwork pourtant… Nous voici donc contraints de retourner à la case départ : la page Facebook.

2/ Le prix

bb

 Après avoir tenté de répondre à quelques questions basiques relatives au prix (qui est l’organisateur ? Qui sont ses partenaires ? Quelle légitimité a-t-il pour organiser ce genre d’événement ? De quoi s’agit-il exactement ? Quelle est la philosophie du prix ? Quelles sont ses modalités ? Les mentions légales ? Qui sont les membres du jury ? Quelles sont les dates-clés ? Y a-t-il des récompenses ? Vous savez, toutes les questions que se pose l’internaute lambda intéressé par ce genre de chose, questions auxquelles se doivent de répondre les supports de communication…), auxquelles nous avons obtenu certaines réponses, passons aux différentes catégories.

Les I-SESSIONS AWARDS 2016, c’est 19 catégories et 115 nominés. Autant de catégories dont on peine à saisir le lien qui les relie, ce fil rouge appelé logique, nous laissent béats de stupeur. On dirait que les organisateurs ont tout fait pour expurger le mot « cohérence » de nos esprits, même de façon vague. C’est proprement stupéfiant. J’ai tout de même réussi à comprendre que les catégories faisaient état de nominés, choisis suivant des critères obscurs. Il s’agirait là des meilleurs dans leurs domaines. Nous nous abstiendrons de juger le goût dont ont fait preuve les organisateurs, la consonance de certains termes étant malheureuse.

  1. LES NOMINES : SPECIAL PRIZE DASSILVA MANGA (8 nominés)

Par curiosité, j’ai cherché le nom de cette personne, qui devait être illustre pour qu’un prix porte son nom, il s’est avéré que Dassilva Manga est une jeune dame, malheureusement décédée qui a officié au KMR Start-up HUB en tant que community manager. J’ai trouvé l’information en tombant sur un site web commémoratif, destiné à entretenir sa mémoire. Comment dire ça poliment… Je me doute bien que cela part d’une bonne intention, mais quand on veut vraiment honorer la mémoire d’une personne en nommant un prix d’après elle, on explique qui était cette personne, en quoi consiste ce prix et ce qu’il est censé représenter. Là… C’est juste maladroit et presque glauque.

2. LES NOMINES : BEST MOBILE APPLICATION (6)

3. LES NOMINES : BEST CROWDFUNDING CAMPAIGN (4)

4. LES NOMINES : ROLE MODEL (6)

5. LES NOMINES : BEST JUNIOR PRIZE (9)

6. LES NOMINES : BEST WEB APPLICATION (6)

7. LES NOMINES : BEST SOCIAL ENTREPRENEUR (6)

Qu’est-ce qu’un entrepreneur social ?

8. LES NOMINES : BEST SITE E-COMMERCE (6)

Quels sont les critères, le design ? L’expérience utilisateur ?

9. LES NOMINES : BEST SALES (6)

Je suis curieux de savoir où ils vont trouver ces informations (le nombre de ventes), et sur quelle marchandise ils vont se baser. Le prix du sac de riz et de l’huile différant sensiblement.

10. LES NOMINES : BEST NEW TECHNOLOGY (6)

Oh ! No comment.

11. LES NOMINES : BEST HEALTH TECH (6)

Ça devient vraiment n’importe quoi, quels sont les critères pour les départager ? Existe-t-il des solutions plus pertinentes que d’autres dans le domaine de la santé ?

12. LES NOMINES : BEST FEMALE ENTREPRENEUR (6)

Misogynie ou tentative maladroite de mettre en avant les entrepreneures ? Toujours est-il que vous n’avez réussi qu’à en faire de petites choses fragiles, puisque la catégorie masculine équivalente brille par son absence.

 

13. LES NOMINES : BEST FINTECH (6)

Oh !

14. LES NOMINES : BEST EDU TECH (4)

Ah…

15. LES NOMINES : BEST DIASPORA (6)

Éclats de rires. Ça, c’est fort ! Best what ? Best Diaspora hein ? Déjà que le nom est à coucher dehors… Ce sont des personnes, des associations, des entreprises ou des startups ? Ou encore des antennes étatiques ?

16. LES NOMINES : BEST CULTURE TECH (6)

Un abus du mot tech est à souligner ; parle-t-on de technologie au sens traditionnel (je vous invite à rechercher les différentes connotations de ce mot dans l’industrie) ou de nouvelles technologies ? Et puis « culture tech », honnêtement ? Enfin, j’ai pour ma part fait une confusion sur les différentes connotations du mot culture, mais c’est de mon fait, forcément influencé par ce que je fais.

17. LES NOMINES : BEST COMMUNITY MANAGER (6)

J’aimerais bien connaître les critères et le procédé utilisé ; une analyse des comptes sociaux des boîtes dont les nominés s’occupent ? Une grille d’évaluation envoyée aux clients et aux employeurs ?

18. LES NOMINES : BEST BLOGGER (6)

Sans doute la plus saugrenue des catégories, mettre en compétition un blogueur d’opinion, un blogueur professionnel spécialisé, un blogueur musical… Il faut VRAIMENT le faire ! L’expression « mélanger les serviettes et les torchons » me vient à l’esprit, l’image est peu ragoûtante.

19. LES NOMINES : BEST AGRO TECH (6)

Ok, j’ai encore une question : l’irrégularité du nombre de catégories et du nombre nominés, c’est fait exprès ? Parce qu’il faut être réfractaire à l’harmonie ET à la simplicité pour réunir des nombres aussi disparates. Je posais juste la question.

Il ne vous est pas venu à l’esprit de mettre en place une équipe de communication dédiée, avec un autre site web et des comptes sociaux particuliers pour augmenter la visibilité du prix et lui bâtir une identité propre, indépendante de l’incubateur ? Non ? Lorsque l’on décide de faire une chose, il faut la faire bien, ou pas du tout. Un prix est une chose trop importante pour les membres de n’importe quel écosystème, il s’agit d’une reconnaissance de leur travail, il se doit d’être crédible pour renforcer l’écosystème et ses acteurs. Les enjeux sont trop importants pour aligner des gens comme ça, les uns à la suite des autres ; le but est de les mettre en valeur, pourquoi ne pas parler de leurs parcours respectifs et des raisons qui justifient leurs nominations ? C’est quoi le but en fait, les faire passer pour des amateurs en quête de notoriété ? Les trainer dans la boue ? Si c’est le cas, le résultat est admirable, je m’incline bien bas, j’aurais difficilement pu faire mieux.

Et puis, le jury doit être fantastique, tant en nombre qu’en compétences, je ne m’explique pas la façon dont il s’y prendra pour départager tant de catégories différentes sinon. Les nominés comprenant aussi bien des individus que des entreprises… A moins d’être dotés de pouvoirs magiques, c’est une tâche épineuse.

Si j’ignore tout des moyens mis en oeuvre pour informer le public de la tenue de cet événement off line, la communication en ligne est éloquente. Les nominés ont-ils été prévenus ? Si tel est le cas, ils ont fait preuve d’imprudence. Un concours aussi opaque générera au mieux des questions quant à leurs accointances avec le comité d’organisation, au pire jettera le discrédit sur leur moralité. L’opacité autour de ce prix menace de s’étendre à leurs images et à celle de leurs entreprises. Ces types sont de vrais dangers publics pour la réputation de toute personne qui se joindrait à cette farce.

De qui se moque-t-on ? Est-ce à dire que le Cameroun ne mérite rien de mieux qu’une grotesque parodie de ce genre ? Les membres de l’écosystème entrepreneurial camerounais ne méritent pas qu’on les donne ainsi en spectacle. Ils donnent chaque jour le meilleur d’eux-mêmes pour faire vivre leurs métiers, un peu de respect ne leur fera pas de mal. Tout cela part sans doute d’un bon sentiment mais parfois, il vaut mieux s’abstenir de céder à l’enthousiasme, de peur de porter préjudice aux gens que l’on veut promouvoir.

Cet article est volontairement mordant. Je l’ai écrit dans un état proche de la sidération. Si mes écrits peuvent aider à organiser le génocide de ce genre d’initiative, je considérerais qu’ils n’ont pas été vains. Ce cas d’école aurait pu s’intituler « 5 étapes pour décrédibiliser totalement un événement et ses acteurs » (organisateurs, participants, sponsors). J’espère néanmoins qu’il vous a été utile, et je conseille aux organisateurs de mettre en place une cellule de crise pour pallier ces manquements, de faire preuve de transparence quant aux modalités du concours, ou de l’annuler, carrément. En attendant d’en définir le concept. Le Cameroun ne manque pas de personnes compétentes, rapprochez-vous d’elles la prochaine fois, elles sauront vous prévenir contre ce genre d’infamie. L’enfer est pavé de bonnes intentions. Recommencez, et faites-le bien cette fois.

Oh, et, je préfère vous prévenir : si je suis méchant lorsque je suis confronté à la médiocrité, je deviens féroce lorsqu’elle tente de se dissimuler sous des oripeaux de compétence. S’il prenait l’envie à quelqu’un de faire valoir le « au moins ils ont essayé, c’est déjà ça », j’incite cette personne à le mettre en commentaires.

P.S.: si c’est un canular, je félicite l’initiateur, mieux orchestré ça n’existe pas ! Il va de soi que j’amenderai mon article en conséquence, je ne demande que ça, il suffit de me prévenir 🙂

Ace, @ledisrupteur

About Ace (44 Articles)
Ace est un passionné de communication et de startups. Autodidacte formé auprès de professionnels du marketing et de la communication, il allie exploration personnelle, pratique du métier et recherche incessante d'amélioration dans une approche intégrative, qui s'intéresse au secteur de façon globale, en le replaçant au centre de l'entreprise. Sa démarche s'attache à formaliser de manière spécifique les problématiques communicationnelles qui touchent les structures en tenant compte de leurs divers niveaux d'organisation.

15 Comments on #Fail – Etude de cas : les I-Sessions Awards 2016 de la Cameroun start-up Conférence

  1. Ghislaine Bengono // 21 novembre 2016 à 20 h 01 min // Réponse

    Belle plume, remarques pertinentes… Je dois avouer qu’elles (vos remarques) auraient été plus pertinentes si ça venait d’une personne qui sait faire une auto-critique, ce qui n’est pas le cas au vue la façon avec laquelle vous torpillez ces jeunes alors que, au regard de l’ergonomie et du design de votre site web, on pourrait se demander si il n’y a pas plus professionnel que ça chez vous (tellement c’est laid ) .
    Des images en arrière-plan qui manquent de stabilité, un design du logo frisant l’amateurisme, un désordre ahurissant dans la disposition des liens, des couleurs inappropriées pour une vitrine qui se veut respectueux de la charte graphique d’un blog… On pourrait passer la nuit en essayant de relever les tares que présentent votre visuel.
    On serait donc tenté de conclure (et c’est pas trop tôt), d’après vos propres mots (what you see is what you believe), qu’on est toujours attiré par la brindille du voisin alors qu’on a un fagot de bois chez soit .

    PS: Revoyez les bugs générés lorsqu’on essaye de publier un commentaire sur votre site.

    Aimé par 3 people

  2. Belle analyse !!!
    Vous nous avez montré au travers de vos recherches les couacs qu’ils y’a autour de cet évent… que j’approuve d’ailleurs !!!
    Je me suis moi même posée la question de savoir quels sont les critères de sélection pour octroyer un prix à une entité. Vous touchez effectivement des point sensibles !
    J’ose croire que le but n’étant pas d’indexer mais surtout d’exhorter à plus de rigueur quoi que aucune oeuvre n’est parfaite…

    Aimé par 1 personne

    • Merci de le comprendre Emmanuelle. Le but n’a jamais été une organisation, mais une façon de faire. Rompre avec la médiocrité est nécessaire pour avancer, autant individuellement qu’en tant que membre d’une organisation ou d’un écosystème.

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  3. Bonsoir.

    Le respect que j’ai pour le disrupteur (et pour l’acidité de sa plume) reste sauf. Je n’y ai pas lu de condescendance, encore moins de méchanceté. C’est rare dans des écrits d’une telle… Force.

    Ceci dit, permettez moi de posée quelques questions qui me semblent nécessaires:

    1-Un internaute situé à l’autre bout de la Terre a-t-il ainsi le droit de tirer à bout portant, à balles réelles sur un événement organisé dans un autre pays que le sien?

    2-Si l’on peut douter de la légitimité de l’événement à cause de l’article, ne peut-on pas tout autant douter de la légitimité de l’auteur de l’article?

    3-Pour être un habitué des écrits du disrupteur, une question me vient naturellement… Est-ce qn’on peut faire une demande d’audit digital comme ça pour un événement que l’on prépare ? Ça peut toujours servir…

    Aimé par 2 people

    • Bonsoir Ad K, je vous remercie de votre contribution. Je vais tenter d’apporter des réponses à vos questions 🙂
      1) l’angle d’approche est inadapté, car cela suppose que l’internaute à l’intention de porter préjudice aux acteurs d’un secteur particulier dans un pays donné, ce qui n’est pas le cas. Internet est aujourd’hui un patrimoine commun à l’humanité, il permet de s’ouvrir à des expériences diverses, d’élargir son horizon. Nous sommes malheureusement souvent tributaires de la subjectivité des producteurs de contenu, dans un sens comme dans l’autre. Il ne s’agit ni plus ni moins que d’échange d’informations subjectives qui font l’effort d’adopter une position rationnelle.
      L’objet de ces échanges aurait très bien pu être le phénomène des conducteurs assassins en Chine. Qui dit informations communes dit échanges d’informations sur des bases communes, peu importe le contexte.

      2) Je pense avoir fourni des éléments susceptibles de répondre à cette interrogation légitime. La production de contenu à laquelle je me livre ici depuis bientôt 11 mois permet de se faire une idée de ma légitimité.

      3) J’avoue ne pas comprendre cette question. Il est nécessaire de s’entourer des professionnels appropriés dès le départ, lorsque l’événement en est encore au stade de l’idée. Cela permet de préciser ce que l’on désire, et de concevoir un projet viable, et rationnel.

      Aimé par 1 personne

  4. Belle analyse, quoi que un peu hâtive. Bien que du point de vue extérieur qui est le vôtre (dont je n’ai pas le nom) cela semblerait parfaitement objectif.

    Le contexte de start-ups et d’incubateurs est un peu particulier en Afrique francophone. Jetez un oeil à cet article http://webdesign.tutsplus.com/articles/the-state-of-web-design-in-africa–cms-26756

    En outre, je pense que la rédaction d’un article aussi acerbe et critique aurait du nécessiter un travail d’enquête plus approfondi. Pour ma part, vous auriez dû contacter les organisateurs dont les coordonnées sont sur le site pour éclaircir certains points.

    Sinon, j’aime beaucoup ce que vous faites.

    P.s. C’est mon deuxième commentaire. Votre site a planté lors du premier.

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    • Bonjour Henri. J’ai suivi le chemin d’un internaute lambda, je l’ai précisé au début. Si chaque internaute devait contacter les organisateurs, leurs réceptionnistes seraient débordés. Le but de la communication est d’informer le public de façon simple, et suffisante pour que ce dernier effectue l’action en vue de laquelle elle a été mise en place. Mais je comprends votre point de vue. C’est Africain de ne pas « exposer l’autre » en public. Je suis Africain et je n’expose personne. Je critique un procédé afin que cette erreur soit utile, à défaut d’être rattrapée.

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  5. Merci beaucoup pour cet article très intéressant, à la section des prix, j’avoue m’être posé les même questions.
    Néanmoins il va s’en dire qu’il a été très instructif pour moi.

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  6. Ace tu m’a fini 😂😂😂
    On n’a pas fini de berner nos petits-nanfan au Cameroun pour servir deux trois petits intérêts persos.
    Je sais même plus si c’est par ce que l’on se sous-estimes tous trop… Jusqu’à pleurer sur les Rs pour être contacté pour un « prix »… ou si c’est pour faire plaisir a cette orgnisation qu’on a des jeunes qui ont qu’il y ont adhéré.
    Il faut souvent faire un petit recul et observer de loin de développement d’un projet.
    Comme quoi, le spectateur vois mieux laposition du joueur au stade lol.

    Aimé par 1 personne

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