Communication

Sarah Yakan, la discrète fondatrice de Femme d’influence magazine (1)

Les 5 valeurs fondamentales du blog du disrupteur

Hi guys !

Un petit mot pour vous

Long time no see ! (le club de lecture du coin sait de quoi je parle, don’t worry, je ne divague pas, rires) Cela fait un moment que je n’avais pas publié sur la plateforme. Rassurez-vous, je ne vous avais pas abandonnés, j’écrivais toujours sur le blog, je ne publiais plus par contre. Enfin, je publiais beaucoup moins qu’avant, les coups de gueules exceptés – ce qui est en passe de changer, j’espère. Le ratio articles publiés/brouillons s’est encore abaissé. C’est triste à dire, mais je ne parviens plus à publier un article quand il est trop qualitatif. Ce serait lui manquer de respect que de ne pas lui adosser de valeur, un mensonge de faire croire que l’information qualitative est gratuite. Ou facile à produire. Sourire.

Alors que j’écris enfin le genre d’articles que je souhaite lire, je me contente le plus souvent de savourer un plaisir solitaire en les parcourant. Puis je passe au suivant. Je crois pourtant plus que jamais à la nécessité du partage d’informations pertinentes, utiles. Il me semble qu’un palier déterminant a été atteint : ce palier où il me faut opérer des choix radicaux, standardiser et raffiner la magie pour lui permettre de remplir son office ; transformer l’essai. En franchissant une ligne que j’ai soigneusement évitée jusque-là. Une question me taraude, comment la traverser ? J’ai plusieurs idées en stock, je verrais comment les concrétiser. Passons au vif du sujet maintenant.

« Sarah Yakan »

Ce nom ne vous dit peut-être rien, mais vous connaissez sans doute la marque suivante : Femme d’influence Magazine. Nous en avons parlé dans un précédent article. Eh oui, « le » magazine en ligne qui ose allier sur fond d’empowerment féminin et de motivational speech made in US les termes « famille », « argent », « carrière », « religion » et « succès » et qui incite les femmes à les obtenir toutes cinq ! Que vous détestiez ou adoriez le concept, ce média ne vous laisse pas indifférent ; il vous pousse à prendre parti, à réagir, à vous interroger. Personnellement, il m’a surtout conduit à m’intéresser aux raisons qui ont présidé à son existence : quel genre de parcours et de réflexion a pu conduire à ce type de projet ? Quelles sont les motivations qui le sous-tendent ? Qui est la personne à son origine ? Comment s’y est-elle prise pour exécuter un projet pareil tout en canalisant sa croissance ? Savait-elle que cela allait marcher ? Prévoyait-elle ce succès fulgurant ? Qu’avait-elle en tête au moment de se lancer dans cette aventure ? Ma curiosité grandissante exigeait d’être satisfaite.

Pour obtenir les réponses à mes questions, il me fallait aller à la source ; découvrir son nom n’a pas été simple, j’ai dû investiguer longuement – c’était au tout début, lorsqu’il n’apparaissait encore nulle part. Sarah la discrète l’était un peu moins deux ans plus tard, mais le mystère demeurait entier, les quelques rares interviews qu’elle avait donné restant assez superficielles. Vous comme moi n’aimons les énigmes que pour mieux les résoudre, alors je suis allé à la source. La convaincre de se dévoiler a nécessité de faire appel à son sens du partage, ce besoin d’aider les personnes qui seraient aux prises avec les mêmes problématiques qu’elle. Dès lors qu’elle a compris que son histoire personnelle pouvait lui permettre de toucher plus de gens, de leur ouvrir les portes qu’ils n’osaient emprunter, la jeune femme s’est transformée. Il faut dire que les valeurs que porte son média sont son sacerdoce. Littéralement.

Je l’ai rencontré le 11 juillet 2017. Son calme, sa simplicité et son sourire m’ont fait sourire à mon tour. Abordable, le sourire facile, l’expression ouverte quoique réservée, elle se demandait sans doute à quelle sauce elle allait être mangée, et elle n’était pas la seule. Je vous laisse découvrir un entretien auquel je ne m’attendais pas. Sourire. Un conseil : lisez-le très attentivement. Avec un carnet et un crayon sous la main, de préférence. Plusieurs éléments illustrent les propos de Paola Audrey sur l’évolution des médias (interview dans la même rubrique). Nous allons Sarah et moi, dans les lignes qui suivent, décrypter le parcours d’une aventure entrepreneuriale, en le corrélant à celui de l’entrepreneur qui le porte. Cela faisait longtemps que j’avais envie de faire cela. Et j’ai attendu onze mois pour vous le montrer. Quelques mots sur le magazine avant, pour ceux qui le découvrent. Ceux qui sont au fait de la question peuvent passer directement à l’interview.

Femme d’influence magazine en quelques mots

Femme d’influence est un magazine en ligne féminin lancé il y a un peu plus de 3 ans, le 8 mars 2015 par Sarah Yakan, une fondatrice à la fois discrète et efficace. Sa croissance rapide – la page Facebook est passée de 0 à 1 218 917 followers sur Facebook en ce laps de temps, avec un taux d’engagement global moyen de sa communauté de 3,28 % (le taux d’engagement moyen oscille entre 0,5 et 0,9 %) -, ainsi que les multiples copycats dont elle a fait l’objet indiquent une forte demande pour ce genre de publications. Le magazine a en effet opté pour un positionnement audacieux, pas très populaire de prime abord : celui de parler du pouvoir des femmes, sous quatre aspects principaux ; l’entrepreneuriat/la carrière, le développement personnel, l’apparence et les relations amoureuses et amicales.

Femme d’influence n’est pas seulement un magazine, c’est aussi des conférences (dénommées les Queens masterclass), des voyages (comme le tout nouveau Succes’woman Trip) et une académie (Femme d’influence academy) autour du cheval de bataille de la marque : le développement personnel féminin.

Voilà pour ce qui est de la sucess story extérieure. Et si nous passions en backstage, dans les coulisses de l’aventure ?

 

Partie 1

Son parcours, le concept de Femme d’influence Magazine, les controverses 

 

 

Son parcours

Le disrupteur : je vais te demander de te présenter, pour commencer.

Sarah Yakan : Alors, je suis Sarah Yakan… je ne sais pas si j’ai envie de donner mon âge mais je vais le dire. J’ai 28 ans…

LD : tu ne les fais pas.

SY : … oui, je fais plus jeune. J’ai 28 ans et j’ai créé le magazine Femme d’influence il y a deux ans, le 8 mars 2015. Une date choisie à dessein pour célébrer la femme, ses droits, son parcours. Mesurer le chemin parcouru et celui qu’elle souhaite parcourir. Quoi d’autre ?

LD : peux-tu présenter ton parcours ?

SY : j’ai fait un BTS communication mais j’ai toujours voulu travailler dans tout ce qui est journalisme… J’ai toujours aimé écrire. Ce qui m’intéresse le plus dans la presse écrite, ce sont  les magazines. Et j’ai effectué plusieurs stages au sein des rédactions de magazines féminins mainstream, pour observer les mécanismes qu’ils utilisent pour convaincre le consommateur potentiel de devenir un client récurrent, les stratégies dont ils usent, les sujets qu’ils traitent… et donc les sujets qui intéressent les femmes de façon générale, et plus particulièrement leurs cibles. C’était très instructif d’observer le fonctionnement des différents services. Ce genre de choses. Je me suis construite comme ça en fait, en me formant sur le terrain. J’ai fait mes armes en travaillant dans des magazines, dans des entreprises de communication également. Toutes ces expériences professionnelles m’ont permis d’améliorer mes compétences.

LD : ce qui t’intéressait vraiment c’était l’expérience de terrain en fait.

SY : tout à fait. Je souhaitais créer mon magazine depuis le début. Je savais que je voulais un magazine, du coup lorsque j’allais faire des stages ou travailler dans des entreprises, je gardais mon objectif à l’esprit. En fonction de mes besoins, je privilégiais l’observation de tel ou tel service, de telle façon de faire… Je faisais plus attention à certaines choses, comme la stratégie, la rédaction, le titrage, le community management, … C’est de cette façon que j’ai fait mon instruction de rédactrice. Sur le terrain.

LD : mais c’est une stratégie à la P.Diddy ! rires. 

SY : (rires) si on veut. Je pense qu’on a tous à peu près ce style d’apprentissage. Quand on va dans une entreprise – aujourd’hui en tout cas, en ce qui concerne la jeune génération -, on y va parce qu’on sait qu’on veut y apprendre quelque chose de spécifique. Ce n’est plus seulement pour obtenir des ressources financières – ce qui est normal -, mais c’est aussi pour apprendre.

LD : dans quel type de magazine tu as travaillé, typiquement ?

SY : dans le magazine Elle par exemple, chez Be Magazine également. J’ai fait pas mal de magazines dans le groupe Lagardère. J’ai même travaillé dans la rédaction d’un magazine people, il y a longtemps. Je ne sais plus c’était lequel… c’était dans le groupe Lagardère également. J’y ai été brièvement, pendant trois semaines peut-être, quelque chose comme ça. Mais cela m’a vraiment permis d’apprendre des gens qui y travaillaient, de leur façon de fonctionner. C’est grâce à ces expériences que j’ai créé un magazine qui englobe un aspect de leur identité en fait. Qui englobe un peu le côté féminin, people, développement personnel… tous ces aspects à la fois. En les conciliant de cette façon.

LD : comment cela s’est-il passé ? Après ton baccalauréat, tu t’es immédiatement dit que tu allais créer un magazine et tu as choisi le BTS com ?

SY : si j’ai choisi le BTS com, c’était plutôt en raison du prix des écoles de journalisme, qui coûtent très cher. Lorsque j’ai eu mon bac, sur le coup, j’ai préféré me diriger vers un BTS com parce qu’il proposait des cours de management des entreprises. J’espérais faire de la stratégie d’entreprise également. Je me suis dit « c’est soit l’école de journalisme, soit le BTS com ». Les moyens financiers m’ont conduit vers le BTS com, tout simplement. En fin de compte, j’ai fini par réaliser que ça me suffisait en fait. J’ai préféré me servir du BTS com comme tremplin pour pouvoir avoir accès aux entreprises liées au journalisme, et aux rédactions des magazines par le biais de stages. Ce qui m’a  été très utile. J’aurais bien voulu faire une école de journalisme quand même, mais honnêtement, ce n’était pas possible. Je suis autodidacte moi aussi, comme toi. Et j’ai énormément appris par moi-même. Au travers de mes stages, mais aussi en faisant des recherches, en m’exerçant, en consultant des personnes qui s’y connaissaient vraiment… C’est comme ça que je me suis faite.

Le concept de Femme d’influence Magazine

LD : comment le concept de Femme d’influence a-t-il émergé dans ton esprit ? Quand et comment ?

SY : alors, c’était il y a à peu près trois ans. Au départ ça part d’une conviction. Le projet part d’une conviction. La conviction vient du désir de valoriser la communauté noire. Voilà. Je veux valoriser la communauté noire – la femme noire, surtout. Et je me suis dit « ok, il existe plein de magazines sur les femmes noires, comment me démarquer ? » C’est la question de départ. Je pars d’une conviction et je pose une question, « comment me démarquer ? » J’avais envie de créer un magazine qui serait neutre. J’appelle ça la neutralité noire, mais si on précise, ce n’est plus neutre. Je voulais un magazine neutre, différent des magazines dédiés aux femmes afro. Donc un magazine qui s’adresserait aux femmes afro, auquel elles s’identifieraient immédiatement, mais un magazine non communautaire.

Le produit de cette réflexion est un magazine dans lequel se retrouvent toutes les femmes et où un type de femmes sont valorisées, la femme noire. Un magazine où elles ne sont pas l’exception mais font partie de la norme. – Sarah Yakan

Je reprends un peu la façon de faire des autres magazines en fait, celle des magazines mainstream. Ce sont des magazines qui s’adressent à toutes les femmes – qui se présentent comme tels en tout cas -, et qui mettent en valeur un certain type de femmes : la femme blanche. Personnellement ça ne me dérange pas, je ne le critique pas. C’est une façon de faire que j’ai décidé de suivre. J’ai décidé de faire la même chose en créant un magazine où la femme noire serait valorisée, et dans lequel tous les types de femmes se reconnaîtraient. Un magazine dans lequel la représentation de la femme noire ne serait pas un problème et dans lequel elle serait le point de référence. Celle que les autres types de femmes prendraient en exemple, de façon tout à fait ordinaire. C’est ma façon de contribuer à la question de la représentation des personnes afro descendantes dans les médias.

L’enjeu est de faire prendre conscience au lectorat qu’il n’est pas question de femmes noires mais de femmes. Avec des problématiques spécifiques certes, mais des problématiques qui s’inscrivent dans leur féminité. L’exception due à leur couleur de peau « exotique », plutôt rare dans les médias s’efface au profit de leurs personnalités, de leurs histoires, de leurs compétences, de leurs aspirations… Des choses qui sont communes à toutes les femmes. Montrer des femmes noires sans faire l’apologie de leur africanité, de façon presque banale en fait, a un impact beaucoup plus puissant que de créer un magazine spécifique pour femmes afro uniquement. Cela les fait entrer dans une forme de normalité.

Je pense que les magazines pour femmes afro ont leur raison d’être. Ils sont nés à une époque où les médias ne s’adressaient pas à cette cible, où il y avait un véritable besoin d’identification, de sanctuarisation d’un espace d’expression qui tiendrait compte des problématiques spécifiques de ces communautés. Ce n’est plus ce qui manque aujourd’hui, ce besoin a été adressé par des magazines comme Amina, Roots, Noir&Fier, Negus… Les grands absents désormais, ce sont les médias mainstream qui montrent les personnes afro descendantes de façon ordinaire, naturelle, tout en s’adressant à une cible élargie, que ne clive pas l’origine ethnique du lectorat. Je souhaitais proposer cela, un magazine féminin inclusif, qui aurait comme cœur de cible la femme noire sans pour autant négliger les femmes d’autres origines. Faire une espèce de normalisation inversée en fait, en modifiant le pôle de référence (on passe d’une référence de femme caucasienne à une référence de femme afro). Cela crée un équilibre je trouve, avec les autres magazines. Il y a désormais une offre plus diversifiée avec Femme d’influence. Cela permet de voir autre chose que ce qu’on a l’habitude de voir. C’est la première raison qui m’a poussée à créer le magazine.

La seconde raison est le désir de démocratiser le concept de développement personnel. C’est vrai qu’il existe déjà plusieurs magazines de développement personnel en France – comme Bien-Être et Psychologies par exemple -, mais je trouvais que ces magazines avaient une approche plus intellectuelle et moins pratique des processus psychiques et émotionnels qui sous-tendent la discipline, ce qui la cantonne à une niche, tout en la rendant inaccessible à une partie de la population. Je voulais un média qui parlerait à la femme lambda, qui se concentrerait sur la façon de penser ainsi que les méthodes qui permettent d’améliorer l’image de soi et la poursuite de ses objectifs personnels de façon très concrète. Il fallait juste que je trouve la bonne manière de le faire. J’ai choisi d’utiliser ce que j’appelle du « gossip positif ». Cela consiste à se servir de la tendance des gens au voyeurisme, de cette envie qu’ils éprouvent parfois de s’intéresser à la vie des autres – qu’il s’agisse de célébrités ou du voisin -, d’en parler, de la critiquer négativement même, pour créer quelque chose de positif, d’utile.

Je ne critique pas ce penchant, cela fait partie de la vie – c’est humain -, mais j’en propose une approche différente : au lieu de parler de la vie d’autrui, de se repaître de commérages inutiles, pourquoi ne pas en tirer des leçons de vie ? Ces histoires… l’histoire récente entre Black China et Rob Kardashian par exemple, sont instructives quand on les regarde sous un angle différent. Au lieu d’en parler pour en parler, sans que cela ne nous apporte rien de constructif, on peut en tirer une analyse, une leçon de vie, une réflexion, etc. qui nous permet d’avancer sur notre propre parcours. Et ça parle à tout le monde, c’est accessible et ça intéresse. C’est de cette façon que Femme d’influence satisfait à la fois la tendance au gossip et le désir de se nourrir d’éléments positifs, utiles et divertissants de notre communauté. C’est en cela que nous démocratisons le développement personnel.

Ce sont ces deux stratégies dont je me sers pour valoriser la femme noire – le peuple noir également -, tout en vulgarisant le développement personnel, ce qui le met à la porté de tout le monde.

Sarah Yakan micro.jpg

Les controverses

LD : tu abordes – sans complexe aucun et de façon récurrente -, le thème de la spiritualité dans ton contenu, tu n’as pas peur de parler ouvertement de Dieu. Tu l’assumes même à l’américaine, ce qui est plutôt gonflé pour un magazine féminin généraliste, tu ne trouves pas ? 

SY : oui c’est vrai. En fait cela pourrait étonner que l’on fasse ce genre de chose en France – un pays très laïc où parler ouvertement de sa foi dans l’espace public est mal vu -, mais pour moi c’est une question de cible. En tant que producteur de contenu j’aborde les sujets qui intéressent ma cible. Moi je suis une fille de banlieue – je suis une femme noire de banlieue -, et donc je connais les codes des femmes noires de banlieue. Et de Paris. Je connais leurs codes, je sais ce qu’elles aiment, je sais ce qu’elles n’aiment pas, puisque j’en suis une. Je connais leurs centres d’intérêt, leur quotidien, leurs aspirations. Et il y a une chose qui est très importante pour ces femmes noires – en tout cas pour beaucoup de ces femmes noires : c’est Dieu. C’est Dieu, c’est la religion. Elles ne sont pas forcément pratiquantes, elles ne vont pas forcément à l’église… Non, ce n’est pas ça. Mais Dieu est très présent dans leur vie, au travers de leur culture, de leur environnement, de leurs traditions, de leur éducation… Dieu fait partie intégrante de vie. Et je le mets en avant parce que je sais que c’est important pour elles.

Je le remarque d’ailleurs dans les posts quand on publie sur la question – parce qu’on ne le fait pas assez souvent. On  ne parle pas de Dieu extrêmement souvent parce qu’on a quand même conscience du fait qu’on est en France, et que par conséquent il faut aborder le sujet de façon subtile, avec intelligence. Mais on publie sur la spiritualité de temps en temps, et lorsqu’on en parle ça plaît vraiment. Notre communauté aime parler de Dieu. Donc ça peut paraître gonflé de faire ça, mais en fait nous avons juste répondu à un besoin : créer un magazine féminin généraliste, totalement ordinaire – pas forcément religieux -, qui parle de Dieu. Dieu faisant partie du quotidien de ces femmes, il s’agit juste d’un sujet normal en fait, d’une préoccupation parmi d’autres, qui fait partie de leur vie de tous les jours. C’est le cas de tous les sujets qu’on aborde. C’est pour ça qu’elles s’identifient au magazine, c’est ce qui explique son succès – si on peut parler de succès.

Les femmes auxquelles on s’adresse se sentent comprises parce qu’elles sont au centre de ce qu’on fait, des sujets traités dans le magazine, de l’angle sous lequel ils sont abordés. Donc on parle de Dieu, oui. On parle aussi de carrière, de relations amoureuses, d’argent,  de pouvoir, d’estime de soi, etc. Pour ce qui est des grands thèmes du magazine, Dieu est au même rang que tous les autres, il ne s’agit pas de prosélytisme religieux. Il s’agit juste d’un des centres d’intérêt de notre lectorat, qui y accorde de la valeur, il est donc traité comme tel. C’est beaucoup plus ça en fait, il n’a jamais été question de jeter un pavé dans la mare pour ce qui est de la religion. C’est une réponse à un besoin ordinaire de notre cible. Et je ne le vois même pas comme quelque chose de gonflé en fait, pour te dire.

LD : j’ai vu que l’on accolait au magazine une étiquette féministe. Tu as choisi de mettre en lumière un certain type de femme : une femme qui s’assume, qui assume son désir d’argent, de pouvoir. Son ambition. Le pouvoir tel que tu le décris dans le magazine n’est pourtant pas la domination sur l’autre mais l’empire sur soi-même ; il s’agit de s’élever moralement, émotionnellement, dans son intellect et dans sa relation à soi puis aux autres afin de s’améliorer dans tous les domaines de sa vie. Paradoxalement, le pouvoir chez Femme d’influence consiste également dans le lâcher prise. Ce qui dérange le plus est le passage de cette image idéale de la femme afro, à la fois bonne femme d’intérieur, épouse soumise, fille obéissante, sœur sage, mère dévouée… à la femme ambitieuse, carriériste, désireuse de s’élever, qui sait ce qu’elle veut, ce qu’elle ne veut pas et qui – du moins on en a l’impression -, impose son rythme, s’affirme. Semble presque menaçante parce qu’inconnue. Une femme qui ne se définit plus dans son rapport aux autres, mais qui vit d’abord pour elle-même, et qui par son bonheur rend les autres heureux. C’est troublant, ce passage d’un modèle plutôt patriarcal à cette émancipation féminine presque brutale… Sans compter que la limite entre les deux n’est pas vraiment tranchée dans vos publications, il y a un peu des deux ; l’apologie de la femme décomplexée, ouvertement indépendante et presque indifférente à l’opinion d’autrui, mais qui aspire à une vie familiale rangée. Je crois que cette ambivalence est à la fois la source du succès du concept et le point de mire de toutes les critiques qu’on lui adresse. Tu ne t’es pas dit à un moment que cette dualité était problématique ? Mêler l’argent, le pouvoir, la spiritualité, le développement personnel au statut de la femme et à son rapport à elle-même ? 

SY : je ne crois pas que cela tient uniquement à la façon dont on parle des femmes, les sujets abordés posent plus de problèmes aux gens qui émettent ces critiques que le pseudo-féminisme dont on nous accuse. Le fait est que l’argent est mal vu. Parler d’argent, assumer le fait d’avoir envie de gagner plus d’argent, … affirmer ouvertement le fait de vouloir devenir riche par exemple est mal vu en lui-même. Désirer obtenir du pouvoir est également mal vu. Parler de Dieu peut être mal vu. Et c’est une prison dans laquelle on s’enferme, une cage faite d’autocensure, d’entraves.

La plupart des gens gâchent beaucoup de temps et d’énergie à refréner leurs aspirations par peur du jugement social plutôt que de travailler à atteindre leurs buts. – Sarah Yakan

J’ai voulu briser ces chaînes en abordant ces sujets de front. Je pense que la première étape dans la réalisation de ses objectifs consiste à les assumer. Vous voulez devenir riche ? Tant que vous vous reprocherez ce désir, vous contiendrez tout élan qui vous pourrait aider à le concrétiser.

L’un des deux buts que je poursuis avec Femme d’influence est d’aider les gens à atteindre leurs objectifs personnels. L’argent, le pouvoir, les relations amoureuses, la carrière et la spiritualité en font partie. J’ai donc mis en avant toutes ces choses, qui sont mal vues en France dans le magazine. Mais ce n’est pas pour ça qu’il faut s’interdire d’en parler, de les vouloir et de travailler à les obtenir. J’ai envie de pousser les femmes à assumer ça parce qu’elles en ont toutes envie en fait – la plupart d’entre elles en tout cas ! Elles ont toutes envie d’avoir de l’argent, du pouvoir, des relations qualitatives… de s’élever socialement, moralement, intellectuellement etc., puisqu’elles sont inspirées par des femmes qui sont comme ça, qui possèdent ce à quoi elles aspirent et qui reflètent ce qu’elles veulent devenir. Les femmes dont elles s’inspirent, celles qu’elles prennent pour modèles sont des femmes indépendantes, qui ont de la personnalité. Ce sont des femmes qui souvent sont très élevées socialement, qui ont du pouvoir, qui ont de l’influence sur les gens, un impact positif dans les communautés auxquelles elles appartiennent. Qui ont des moyens financiers également, des ambitions, une carrière. Des femmes qui font preuve de sagesse, qui tirent des leçons de leurs expériences et les partagent avec les autres pour les aider à avancer, qui ont une certaine expérience de la vie et du rapport à soi-même et aux autres. C’est ce genre de femmes que nous leur montrons. Des femmes auxquelles elles s’identifient spontanément.

J’avais envie de pousser les femmes à assumer cette partie d’elles-mêmes, qu’elles rejetaient, qu’elles n’assumaient pas. Par honte, par peur qu’on les taxe de matérialisme, de féminisme, … de tous ces mots à connotations négatives dans lesquels on enferme les gens, et dans lesquels on s’enferme soi-même par peur d’échouer ou de perdre un avantage quelconque. – Sarah Yakan

Vouloir à tout prix préserver le statu quo c’est se renier quelque part, c’est se dénier le droit de faire ce qu’on veut de sa vie, de devenir la personne que l’on souhaite être. Je veux susciter une fierté, cette fierté qui vient du fait de se dire « ok, j’ai envie d’avoir ce style de vie, comment je fais pour y parvenir ? J’y parviens en m’autorisant à avoir de l’ambition, en avançant chaque jour vers le but que je me suis fixé, en devenant un peu plus chaque jour la personne que j’aspire à devenir. Et oui, en amassant des moyens pécuniaires ».

Je souhaitais démocratiser un peu ces idées-là, dire au plus grand nombre que ce à quoi ils aspirent n’est pas une faute, dédramatiser notre rapport avec ce genre d’ambition… Parce que c’est important pour l’intégrité de son estime de soi de désirer le meilleur, peu importe comment on le conçoit. Il peut être familial, professionnel, spirituel, financier ou relationnel. Ces aspects essentiels de notre vie doivent pouvoir être bâtis librement, sans conflits internes. Et les femmes éprouvent plus de sentiments contradictoires vis-à-vis de ces aspects-là que les hommes. L’objectif du magazine, tu l’as bien résumé, est de permettre aux femmes de prendre conscience que les clés de leur vie sont entre leurs mains, qu’il ne tient qu’à elles d’obtenir ce qu’elles veulent, mais qu’elles doivent en payer le prix, c’est-à-dire y travailler constamment, en interne et en externe.

Sarah Yakan reponse

Pour en revenir au féminisme – qui est un mouvement très noble mais dans lequel je n’inscris pas le magazine -, je préfère ne pas accoler d’étiquettes à mon projet. J’ai conscience que mon lectorat compte des femmes féministes, des femmes non féministes, et même des femmes « antiféministes » – si cela se dit. Je n’ai pas envie de marketer mon magazine comme étant féministe. Ce serait fermer la porte à certaines femmes, qui ne se retrouvent pas dans les idées du féminisme, ou du moins dans la façon dont il est parfois promu. Je préfère parler d’empowerment féminin, ça touche tout le monde, il y a pas de clivages… Certaines personnes nous mettent dans cette case bien sûr, d’autres nous font le reproche d’une posture patriarcale – c’est ainsi qu’ils perçoivent certaines publications. Il y a des critiques des deux côtés, parce que cette ambivalence dont tu parlais au début existe, et qu’elle maintient l’équilibre. C’est un pont entre deux conceptions.

À la rédaction, on ne penche ni d’un côté ni de l’autre, on se contente de répondre à un besoin. Notre lectorat réagit au contenu suivant ses propres biais, son propre vécu, avec une approche personnelle – forcément singulière -, du monde qui l’entoure. Et c’est très bien ainsi. Cette situation est un reflet de ce qui se passe dans la société aujourd’hui ; cette contradiction apparente n’en est pas vraiment une je pense. On est effectivement  un peu partagés entre les deux : les femmes adhèrent aux idées féministes, aux idées d’indépendance, mais elles tiennent aux valeurs et à la construction familiale traditionnelle. Et elles concilient cela en elles-mêmes. Ça peut sembler contradictoire puisqu’elles semblent partagées entre les deux. En réalité, je crois qu’on aimerait toutes avoir les avantages des deux sans avoir à composer avec ce que l’on considère comme leurs inconvénients.

Chez Femme d’influence, la priorité est la satisfaction des besoins de la cible, à laquelle nous appartenons. Nos lectrices sont partagées ? Mais c’est le cas pour nous aussi ! Rires. Alors oui, nous prenons les avantages des deux conceptions ; ceux de la tradition et ceux du féminisme. C’est soit les deux, soit aucun des deux. Mais c’est souvent un peu des deux. Il ne s’agit ni de l’un ni de l’autre en fait, il est avant tout question de la femme noire, et de la femme avant tout. De ce à quoi elle aspire, de ce dont elle a besoin pour réaliser les objectifs qu’elle s’est fixée, pour s’épanouir.

.   .   .   .

 

Alors, quelle est votre opinion sur Femme d’influence maintenant que vous avez jeté un œil derrière le rideau ? Sourire. Cela transparaît sans doute mais j’aime beaucoup cette entrepreneure. Parce qu’elle est généreuse et authentique. Généreuse dans le partage de son parcours, sans fards. Avec ses hauts et ses bas, ses doutes, ses méconnaissances, ses acquis, ses certitudes. Authentique dans le but qu’elle poursuit, les motivations qui l’ont menées là, son cheminement, ses questionnements. Vous avez aimé cette première partie ? Abonnez-vous et restez à l’affût, Sarah revient nous raconter la suite !

 

Ace, @ledisrupteur

Les 5 valeurs fondamentales du blog du disrupteur

About Ace (58 Articles)
Ace est un passionné de communication et de startups. Autodidacte formé auprès de professionnels du marketing et de la communication, il allie exploration personnelle, pratique du métier et recherche incessante d'amélioration dans une approche intégrative, qui s'intéresse au secteur de façon globale, en le replaçant au centre de l'entreprise. Sa démarche s'attache à formaliser de manière spécifique les problématiques communicationnelles qui touchent les structures en tenant compte de leurs divers niveaux d'organisation.

4 Comments on Sarah Yakan, la discrète fondatrice de Femme d’influence magazine (1)

  1. Bonjour,
    Sarah est loin d’être une femme discrète et simple elle a lontemps été sur les blogs skyrock.
    Elle était à l époque contre les couples mixtes,et vraiment très agressive dans ces propos.Elle a travaillé avec Kemi Seba pour ceux qui ne le connaisse pas n’hésitez pas à faire des recherches.
    Sarah a toujours été addict des réseaux sociaux et loin d être discrète.
    Malheureusement tous ses blogs ont été désactivé mais vous pouvez encore trouver des brives et des photos en tapant  » Mamasarate  » sur google c’était son pseudo à l’époque.

    Aimé par 1 personne

    • C’est ce que nous avons vu en effet. Cependant, nous croyons que ses erreurs de jeunesse ne doivent pas empiéter sur la personne qu’elle est devenue, ainsi que la maturité qu’elle a acquise depuis. Merci à vous d’avoir pris le temps de partager votre avis avec nous.

      J'aime

  2. Vivement la suite ! j’ai hâte de retrouver davantage de portraits (les gourmandises de karelle, scheena donia, Alain Mabanckou, Virgile abloh qui sait 🙂

    Aimé par 1 personne

  3. Very empowering concept!!! Merci de l’avoir trouvée 😊.
    Très svt les minorités ont tendance à repousser qd elles decident de revendiquer leur droit ou leur valeur. Cette dame à trouver le moyen de les élever et de les exposer positivement de façon normale, sans pour autant le crier fort. Elle appelle ça une sorte de « normalisation inversée » genre normal quoi et je kiffe et j’applaudit l’approche.
    Etant au Congo Brazza depuis quelques moi je remarque qu’on ne respecte la femme le plus souvent que sous condition. Conditions desfois exterieures à la femme elle-même. Un collegue m’a dit une fois, après que je l’ai ramené à l’ordre qd il prenait un peu trop de liberté en m’abordant, « je sais que tu es la femme de quelqu’un dc je dois te respecter ». Et moi de penser mais de quoi il parle! Le respect envers ma personne ne devrait pas etre lié à ma situation matrimoniale…tout ça pr dire combien j’aime bcp le fait que SY se concentre sur un travaille de fond. Travailler l’interne et l’externe pr valorider la femme (noire), pas pour quelqu’un, pas pr se faire voir feministe, mais pr l’avancement de soi uniquement. On a le droit!?

    Aimé par 2 personnes

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