Communication

La modélisation de l’écosystème professionnel (4-1-2)

Dossier : Facebook  network, l’intelligentsia Africaine 2.0 et la formation des écosystèmes polarisés

Sommaire

Partie 1 : Facebook Network et Afrique

Partie 2 : Les composantes de l’influence

Partie 3 : elle viendra après la partie 4 (talking about logic)

Partie 4 : la formation des écosystèmes professionnels polarisés 

Chapitre 1 : C’est quoi un écosystème professionnel ?

4-1) Les concepts clés

4-2) Modélisation de l’écosystème professionnel (la partie que nous sommes en train d’aborder)

Hi guys !

J’espère que vous allez bien. Après la publication de la première partie de ce chapitre, il y a sept jours, je vous ai donné rendez-vous le lendemain. C’était sans compter les conversations engendrées par l’article, conversations dont les fruits sont pour le moins… intéressants. Pour la petite histoire, si j’ai fini par formaliser cette théorie vendredi soir (il y a 12 jours), elle est enfermée dans ma tête depuis plus d’un an. Je ne voyais pas l’intérêt de la partager avec des gens qui n’en saisiraient pas la portée et les implications. Seulement voilà, en faisant cela, je contrevenais à l’un des principes fondamentaux de la création et de l’enrichissement du savoir : les échanges.

L’une des découvertes les plus gratifiantes que j’ai faite il y a cinq jours est la découverte de ce livre, par le biais d’un doctorant avec qui j’échange souvent : Innovation Africa, Emerging Hubs of Excellence par Olubenga Adesida, Geci Karuri-Sebina et Joao Resende-Santos, vous googlerez leurs profils s’ils vous intéressent. Ce livre publié en mars 2016 est une vraie bouffée d’oxygène. Il m’a conforté dans mes certitudes en me faisant savoir que non seulement je tenais vraiment quelque chose, mais que je n’avais pas tort de considérer cette question comme primordiale pour le développement de l’Afrique. Je n’expliquerais pas mieux les enjeux que les auteurs, tous beaucoup plus crédibles/légitimes/whatever que moi, obscur blogueur d’un blog tourné vers l’Afrique francophone, sourire :

IV. Les enjeux (en français en bas)

« Following the brooding Afro-pessimism of the 1980s (the structural adjustement years) and 1990s (the lost decade), a new Africa has now been emerging in the popular imagination. Today, the conventional wisdom is that of an Africa rising ; Africa as the new frontier and as an emerging market. Indeed, individual countries are growing at high rates. Certain economic segments are growing in economic strength and buying power. Individual people are inventing amazing technologies, others are becoming billionaires, and a few are even emerging as significant philanthropists and investors.

The question is : how does all of this scale up ? In order for Africa to direct its promise and development to its own advantage, it must self-actualize by crafting and owning its narrative of the future (Ohiorhenuan, 2011). An important aspect of this narrative will be in how it nurtures, systematizes, and leverages its discrete potentials. »

« We suggest in Africa an innovation system for integrated development as an alternative to all existing development approaches to address the persistent challenges of underdevelopment Africa continues to face: How can Africa escape the raw material resource trap? How can development theory be geared to address the challenges and failures of African integration? How can Africa generate an approach to development anchored on green industrialisation and green urban habitats? How can reverse innovation and indigenous knowledge be integrated to promote Africa’s integrated development? Integrating these concerns with innovation systems and development requires re-thinking both the whole innovation system approach as well as the existing development economic theories. Innovation combines novelty and usefulness. But how have novelty and usefulness been recognised? Both novelty and usefulness have been validated merely by commerce and market in the mainstream literature. In the African context, the validation should include a combination of social, economic, environmental and deeper integration, along with service provision and knowledge creation. A new approach to innovation is what the development challenges of Africa calls for. » – Olugbenga Adesida, Geci Karuri-Sebina, Joao Resende-Santos, Innovation Africa : Emerging Hubs of Excellence

« À la suite de la période Afro-pessimiste des années 80 (les années d’ajustement structurel) et des années 1990 (la décennie perdue), une nouvelle Afrique a commencée à émerger dans l’imagination populaire. Aujourd’hui, le consensus de l’opinion publique est celle d’une remontée de l’Afrique; L’Afrique comme nouvelle frontière et comme marché émergent. En effet, les pays pris individuellement croissent à des taux élevés. Certains segments économiques voient une augmentation de leur force économique et du pouvoir d’achat de leurs populations. Les individus inventent des technologies étonnantes, d’autres deviennent des milliardaires, et quelques-uns sont même en train de devenir des philanthropes et des investisseurs importants.

La question est: comment étend-on tout cela à plus grande échelle? Pour que l’Afrique puisse réaliser ses promesses et son développement à son propre avantage, elle doit s’auto-actualiser en créant et en possédant sa propre narration du futur (Ohiorhenuan, 2011). Un aspect important de ce récit sera la façon dont il nourrit, systématise et exploite ses potentiels discrets. »

« Nous suggérons en Afrique un système d’innovation pour le développement intégré comme alternative à toutes les approches de développement existantes pour relever les défis persistants du sous-développement auxquels l’Afrique continue à faire face: Comment l’Afrique peut-elle échapper au piège des ressources matérielles? Comment la théorie du développement peut-elle être adaptée pour répondre aux défis et aux échecs de l’intégration africaine? Comment l’Afrique peut-elle engendrer une approche du développement ancrée sur l’industrialisation verte et les habitats urbains verts? Comment intégrer l’innovation inverse et le savoir indigène pour promouvoir le développement intégré de l’Afrique? Intégrer ces préoccupations aux systèmes d’innovation et au développement nécessite que l’on repense à la fois toute notre approche du système d’innovation aux théories économiques existantes du développement. L’innovation combine la nouveauté et l’utilité.

Mais comment la nouveauté et l’utilité ont-elles été reconnues? La nouveauté et l’utilité ont été validées uniquement par le commerce et le marché dans la littérature dominante. Dans le contexte africain, la validation devrait inclure une combinaison d’intégration sociale, économique, environnementale et une intégration plus profonde, associée à la fourniture de services et la création de connaissances. Les défis de développement de l’Afrique appellent à une nouvelle approche de l’innovation. » – Olugbenga Adesida, Geci Karuri-Sebina, Joao Resende-Santos, Innovation Africa: Emerging Hubs of Excellence

Ils parlent des écosystèmes professionnels, sourire. Vous vous rappelez ce que nous avons dit dans la partie précédente au sujet des écosystèmes professionnels ?

C’est un système dynamique composé d’acteurs interdépendants, qui entretiennent des interactions qualitatives dans le but de se renforcer. Il s’agit d’un environnement propice à la croissance des éléments qui le constituent, qui croît en les consolidant. C’est un catalyseur exponentiel de production de valeur car il attire et rassemble l’intelligence collective spécialisée (savoirs et savoir-faire) nécessaire à la réalisation de projets tournés vers un champ sectoriel particulier (polarisation).

A partir du moment où des liens se créent et que des énergies se mobilisent en vue de réaliser un but commun, il y a formation d’un écosystème. Il existe plusieurs niveaux d’écosystèmes, dont l’individu est l’unité de formation de base. And so on.

Ils parlent de la solution, je parle de l’environnement qui permet l’émergence de la solution. Sans lui, le fameux développement que l’on appelle de tous nos vœux est impossible. Chacun de nous doit se positionner pour donner vie à l’Afrique que nous imaginons, celle que nous voulons léguer à la prochaine génération. Je vais faire ma part du boulot.

Pourquoi traiter une question aussi complexe, aussi importante sur « un petit blog sur internet » ? Parce qu’on doit créer la conversation autour des vraies questions de développement, parler des causes du problème et de sa résolution au lieu de pontifier sur les conséquences. Et si le seul espace disponible est « un blog sur internet », so be it. Il est temps que le dialogue soit inclusif. L’enjeu est trop grand pour qu’un seul acteur de la chaîne de valeur soit laissé de côté. L’Afrique a besoin de tous les bras et cerveaux disponibles pour s’en sortir, ne la privez pas des vôtres.

Je sais que tout le monde ne comprendra toujours pas de quoi il est question, même après toutes ces explications. Et ce n’est pas grave. J’écris pour les personnes qui saisiront les enjeux, les limites, les opportunités et les dangers de cette théorie et qui les transmettront au reste. Ceux qui seront capables de la manipuler et d’en faire une application pratique. J’écris pour les doers et les visionnaires. Ceux qui dépasseront mon point de vue et en feront quelque chose.

S’il est important de savoir ce qui ne va pas, et quelles sont les solutions pour résoudre la situation, savoir comment y parvenir est une autre paire de manches, car il faut comprendre le processus, se l’approprier et l’enrichir de sa singularité pour pouvoir s’en servir. C’est à tout ça que sert ce que je fais ici : explicitations et modélisation en vue de manipulation d’outils. Pragmatisme plus plus. Rires. Bon, il est temps de modéliser de la théorie. Allons-y !

V. Modélisation

La légende ci-après vaut pour tous les schémas qui suivent, excepté la figure 3, elle est particulière.

Légende des figures

Nous allons, dans les lignes qui suivent, aborder plusieurs questions qui ont pour but de répondre à celle-ci : « c’est quoi un écosystème professionnel ? » Nous avons parlé de ses composants dans le chapitre précédent (III. 1/ les constituants de l’écosystème professionnel – acteurs actifs et passifs compris), nous abordons à présent la question de sa structure et des interactions qui ont lieu entre les différents acteurs qui la composent. Nous expliciterons ensuite ce qui se passe en Afrique francophone, puis nous parlerons de ce que vous pouvez faire pour participer à votre niveau.

1/ La chaîne de valeur de l’écosystème, sa structure et les interactions entre ses différents composants

Je vous prie de vous référer au III. 1/ du chapitre précédent, je ne vais pas le refaire. Nous avons identifié 5 grands types d’acteurs de référence dans l’écosystème professionnel, il est temps d’aller dans le détail. Pour faire le lien avec la partie 3-1 sur les influenceurs, vous ne pourrez jamais en devenir un si vous ne vous positionnez pas correctement. Cela exige de se connaître et de connaître son rôle, ainsi que sa cible. Cela me rappelle un « vieux livre », l’un des seuls que l’on peut lire toute sa vie durant sans jamais épuiser les secrets qu’il recèle, je les appelle « les livres parfaits » :

Sur la connaissance de soi et des autres :

« Si vous connaissez vos ennemis et que vous vous connaissez vous-même, mille batailles ne pourront venir à bout de vous. Si vous ne connaissez pas vos ennemis mais que vous vous connaissez vous-même, vous en perdrez une sur deux. Si vous ne connaissez ni votre ennemi ni vous-même, chacune sera un grand danger. »

Sur la connaissance du terrain :

« L’habile homme de guerre s’appuie sur la position stratégique et non sur des qualités personnelles. » (chapitre 5)

« La configuration topographique est d’un précieux concours dans les opérations militaires. Un grand général construit sa victoire sur la connaissance de l’ennemi et tient un compte précis de la nature du terrain et des distances. » (chapitre 10)

« Etre fixé sur l’absence de capacités défensives adverses et sur ses propres possibilités offensives, sans savoir que le terrain ne se prête pas à l’engagement, c’est […] n’avoir entre les mains que la moitié de la victoire. » (chapitre 10)

Sun Tzu, L’art de la guerre

J’ai dit que ce livre comptait parmi les « livres parfaits » de ma bibliothèque. Il est juste après la Bible. Certaines choses ne cessent de me faire rire dans nos environnements, lorsque l’on parle du fameux personal branding – qui est tout sauf personnel – ; parmi elles, le fait que l’on néglige de dire aux gens que la connaissance du terrain dans lequel ils s’aventurent, la méconnaissance d’eux-mêmes et l’absence de plan viable – pour ne pas parler de stratégie, même si c’est de ça dont il s’agit – les condamne à échouer à plus ou moins long terme. Here is the thing : vous n’êtes pas seuls, vous ne le serez jamais. Et s’il semble que vous teniez le haut du pavé jusque-là, d’autres acteurs vont émerger. Enfin, passons.

La notion d’ennemi ici n’est pas à considérer au sens littéral, il s’agit ici de concurrents – système capitaliste oblige. Here is something else : vous n’en avez pas vraiment. Non, ce n’est pas contradictoire. C’est tout le paradoxe de l’avantage concurrentiel, si votre produit (vous en l’occurrence), est à la fois différencié et a de la valeur (Apple), vous êtes tous seuls dans votre couloir. C’est à la fois quelque chose que personne n’a (différencié), et qui est utile (il a de la valeur). Si vous vous débrouillez vraiment bien, vous engendrerez des copies par centaines, mais ce ne sera jamais vous, si vous avez un mindset de disrupteur. C’est ce qu’on appelle la culture. Oui, tous les dossiers sont liés. Enfin bref.

Revenons à cette histoire de schéma.

les acteurs de l'écosystème professionnel (4)

Je vais vous le mettre sous les yeux tout le temps.

Cette chaîne, qui commence avec les producteurs, suit une évolution logique, que tous les mordus de vente connaissent bien. Une fois que vous avez bien ferré votre produit  – pardon, vous – (avantage concurrentiel établi, stratégie plan marketing on flex, segmentation et ciblage effectué, positionnement fixé), c’est là que vous pouvez exprimer votre marque, pas avant. Enfin vous pouvez, rien ne vous en empêche, mais ne soyez pas étonnés d’échouer. Le rapport avec la figure ci-dessus ? L’avantage concurrentiel, le plan, la segmentation, le positionnement, le rôle et la cible sont liés.

J’ai une question à vous poser ? Quel est votre rôle dans votre environnement (ou écosystème si vous avez la chance de faire partie d’un environnement aussi élaboré et coopératif) ?

a) Les producteurs

Le mien est très simple : je suis un producteur. Cela signifie que j’établis des bases de connaissances de mon domaine. Il y a une phrase que j’aime bien :

« Il faut tuer le mot pour tuer la chose »

Les producteurs font exactement le contraire : ils créent les mots, leur donnent de la substance. C’est ce qu’on appelle les concepts. Sans concepts, les mots ne sont que des enveloppes vides. Voir l’utilisation que les gens font des mots provoque chez moi une irritation qui n’a pas de nom, ce blog en est le fruit. Je vais jusqu’à écrire des dossiers entiers pour leur redonner leur vrai sens, un sens nouveau, enrichi de ma perspective. Si vous vous reconnaissez dans cette description, bienvenu camarade.

Les producteurs sont des nourriciers, ils travaillent à la fois sur leurs propres concepts, et sur ceux de leurs collègues. Ils formalisent du savoir, établissent des postulats, font des expériences pour vérifier leurs hypothèses, font des démonstrations, s’enrichissent du travail d’autres pour nourrir le leur… Ils réinventent leur branche et la font évoluer. C’est sans doute là que la fameuse humilité astreint la plupart des gens à fausser les faits. Je ne parle pas de moi les gens, je parle du rôle des producteurs, sourire.

Les producteurs échangent entre eux. Plus ils se spécialisent et plus leur domaine se développe, et réciproquement ; c’est une boucle de rétroaction positive qui donne naissance à d’autres écosystèmes, encore plus spécialisés que le précédent. C’est la fameuse histoire des échelles biologiques. Comme a dit un prophète :

La nature ne vous apprend-elle pas ces choses ? (1 Corinthiens 11 : 14 revisité)

Il n’y a rien de nouveau sous le soleil (Ecclésiaste 1 : 9)

Les producteurs échangent entre eux, au fil de leurs avancées, et après avoir établi leurs découvertes. Les échanges sont le fondement de toutes les sciences. C’est la base du consensus. Vous vous rappelez de ce qu’on a dit sur la production de contenu contextualisé dans le chapitre précédent ?

Quatre éléments constituent le savoir : le domaine (cadre dans lequel s’expriment les informations), les informations collectées (connaissances brutes), les méthodes et les techniques (savoir-faire) et la théorie (conceptualisation et modélisation des dites informations). Le savoir est la somme des connaissances codifiées inscrites dans un contexte (sectoriel, géographique, temporel, conceptuel), les connaissances deviennent savoir à partir du moment où il y a standardisation, garant de sa transmissibilitéAnd so on. 

On est tous très contents de parler de marketing, de communication, d’entreprises et de startups aujourd’hui, mais on oublie que ces domaines ont été formalisés, que leurs usages ont été standardisés, que leur utilisation est enrichie et qu’ils évoluent encore aujourd’hui. Such a pity. Donc, ces gens-là échangent pour éprouver leurs trouvailles, en déceler la pertinence, déterminer quel est l’impact des observations effectuées sur leur domaine. Cela signifie que la première cible d’un producteur, ce sont les autres producteurs, et non le grand public.

J’ai dit que les adeptes de la vente allaient aimer : ces types, les producteurs ? Ils sont à l’origine des nouveaux produits que les innovateurs essayent. Non, je ne vais pas développer ce point.

Après le consensus, on va parler de transmissibilité et de standardisation.

b) Les techniciens

Les techniciens ont une connaissance aiguë des subtilités de leur domaine, ce sont des experts en technique. Sourire. Leur vocabulaire est très spécialisé, ils sont au fait des avancées techniques, et conceptuelles de leurs métiers ; toujours informés de ces dernières, ce sont des innovateurs, ils sont à l’affût des nouveautés qu’ils testent et challengent, ce sont des pratiquants spécialisés très qualifiés à même de déceler les failles qui sont passés au travers des mailles des producteurs, de leur notifier des nouveaux usages éventuels, de découvrir des usages annexes.

Ils échangent énormément entre eux, ainsi qu’avec les producteurs, afin d’enrichir le savoir produit. On passe aux leaders ?

c) Les leaders

Ils ont une excellente vue d’ensemble de leur domaine, et des éléments en jeu. Qu’il s’agisse des enjeux, des opportunités, des limites ou des dangers que présente l’utilisation du savoir spécialisé dont ils sont des acteurs de troisième niveau, ils maîtrisent son application, arrivent à en saisir les subtilités globales et à en faire une application magistrale. Leurs connaissances ne sont pas aussi spécialisées et complètes que celles des techniciens mais, contrairement à eux, ils n’en ont besoin que pour une utilisation spécifique : orienter leur écosystème. Leur écosystème et non tout l’écosystème, c’est une question d’échelle. Rappelez-vous, nous en avons parlé dans le chapitre précédent, au III. 4/. L’écosystème du leader dans nos environnements est le plus souvent un micro écosystème.

Juste pour faire la différence entre les leaders du manioc et de la pâte d’arachide qui pullulent sous nos cieux, où tout le monde est peu ou prou leader de quelque chose, voici ce que nous avons dit sur le leadership dans la première partie de ce dossier, lorsque nous présentions le triptyque (notre postulat principal) :

Leadership : les leaders sont une composante essentielle de tous les projets, qu’ils soient sociaux, politiques, économiques ou culturels. Ils jouent un rôle déterminant dans la définition, le partage et l’adhérence du plus grand nombre à une vision commune, ils mobilisent les énergies et les canalisent dans le but d’implémenter un projet ; en neuf mots, ils construisent et maintiennent  l’environnement nécessaire à sa réalisation (l’écosystème). Il ne s’agit ni plus ni moins que d’initier et de maintenir le consensus et coopération, la fameuse unité que l’on appelle de tous nos vœux.

Les leaders établissent la vision, la partagent aux membres de leur écosystème, donnent la direction à suivre, fixent les objectifs à atteindre, responsabilisent des gens en charge des différentes parties (donc engendrent d’autres leaders), établissent avec eux des points de contrôle efficaces, assurent le suivi de la progression des différentes parties confiées aux membres de l’écosystème ; protègent ce dernier des attaques qui menacent sa viabilité, sont en charge de trouver les ressources pour assurer sa pérennité (former des alliances entre dans ce cadre) et maintiennent le moral des troupes et leur cohésion. Vous vous reconnaissez dans cette description ? Oui… Non… ? Vous savez à présent quoi faire de la mention « leader » inscrite sur vos profils et autres documents descriptifs.

Pour les adeptes de la vente, ce sont les fameux adeptes précoces. Passons au 3e niveau de transmission, et donc au 4e acteur.

Note : ils peuvent faire des retours au reste de l’écosystème professionnel, bien que ce ne soit pas leur rôle principal.

les acteurs de l'écosystème professionnel (4)

d) Les propagateurs

C’est la cible principale des leaders. On les connaît sous le nom de « curateurs de contenu » dans nos environnements. Notre ami Wikipédia nous en fait une description précise :

« La curation de contenu (étymologiquement du latin curare : prendre soin et de l’anglais content curation ou data curation) est un néologisme en français correspondant à une pratique qui consiste à sélectionner, éditer et partager les contenus les plus pertinents du Web pour une requête ou un sujet donné. » – Wikipédia

Le propagateur consomme du contenu/un produit, après que les techniciens et les leaders l’aient testé avec succès, puis le diffuse à sa cible. Il fait partie de ce qu’on appelle « la majorité précoce ».

Sa cible le reprend ensuite et la diffuse à grande échelle. Les propagateurs sont ce que j’appelle des « amplificateurs », leur adoption est décisive, car elle marque le début de l’adoption de masse.

À ce niveau, votre question est sans doute : les curateurs sont-ils des prescripteurs / influenceurs ? La réponse est oui… Mais seulement s’ils donnent leur avis, et ne se contentent pas de diffuser le contenu sans rien dire. Je vais vous dire une chose surprenante :

L’influenceur n’est pas né du Web, il est né de la conversation et de la hiérarchisation des rapports de confiance. Confiance en l’expérience d’un individu/acteur, plus qu’en celui d’un autre. C’est le fondement de la prescription.

Ce à quoi on assiste aujourd’hui avec l’avènement du Web 2.0 est un déplacement de la conversation et du rapport de confiance, rien d’autre. Comme l’a dit l’Ecclésiaste, « rien de nouveau sous le soleil ». On passe à la cible finale ?

e) La cible finale

C’est ce qu’on appelle la « majorité tardive », celle qui n’adopte les nouveautés qu’après avoir été rassurée par l’utilisation qu’en ont faite tous les autres membres de la chaîne. Ce sont les clients. Parmi eux se trouvent :

  • les promoteurs : ils assurent la promotion des avancées/produits et des acteurs de l’écosystème professionnel, en organisant des rencontres (salons, expositions, etc.), des cérémonies de récompense, ou en décernant des prix par exemple ;
  • les ouvriers : ce n’est pas péjoratif. Il s’agit des travailleurs finaux. Ils ne contribuent pas à l’élaboration du savoir, du moins pas directement mais incidemment (ça arrive par accident). Ils utilisent en revanche une partie du savoir produit. Ce ne sont pas des spécialistes mais des exécutants qui ont un travail précis à effectuer, travail qui intervient en fin de chaîne décisionnaire.
  • les prospecteurs : ils recherchent de nouveaux clients/salariés, ou font le lien entre les producteurs (fabricants) et les détaillants (propagateurs), ou cartographient des éléments précis de l’environnement.
  • les opportunistes : ils prospèrent aux dépens des acteurs de l’écosystème, en privilégiant leur propre intérêt sans considération pour l’intérêt global de leur environnement. Leur démarche n’est coopérative que lorsqu’elle peut leur procurer des gains immédiats, ils n’hésitent pas à aller à l’encontre de la démarche générale si cela s’avère plus profitable pour eux.
  • les détracteurs : ce sont les « réfractaires » et les opposants de l’écosystème professionnel. Ils ne partagent ni la vision, ni les valeurs des acteurs de l’écosystème.

f) Les géniteurs

Une fois le système ayant atteint un degré d’élaboration suffisant, grâce à l’émergence des acteurs précédents, on observe la mise en place d’un 7e type d’acteur de référence : les géniteurs. Ces derniers s’approprient le savoir (concepts, techniques, etc.), en ont une connaissance pointue et une grande expérience, qu’ils transmettent à leurs élèves/étudiants. Il n’est pas étonnant qu’ils émergent parmi les techniciens, jusqu’à ce qu’ils forment un corps à part entière, avec ses codes et ses pratiques.

g) Les historiens

Ils étudient et retracent la suite d’événements qui a conduit à l’établissement de l’écosystème, ou d’un acteur de celui-ci. Ce sont des biographes et des historiens (rires). Il s’agit de spécialistes. Ils sont prolifiques (publient des ouvrages et des articles spécialisés), il n’est pas rare qu’ils occupent également la position de géniteur ou – moins souvent – de législateur, de contrôleur ou de propagateur. Des positions privilégiées qui leur permettent d’observer les événements qu’ils analysent et relatent. Ce sont les Masha Gessen et les John Keegan de ce monde (mes préférés).

h) Les législateurs

Ils établissent la base juridique, définissent le cadre d’expression de la connaissance et le contrôlent. Ils régulent l’écosystème afin d’éviter les dérives et les repèrent et les sanctionnent quand il y a lieu de le faire. Leur absence donne lieu à de nombreuses dérives, c’est le signe d’un écosystème immature, dans lequel prolifèrent de nombreux opportunistes. Ce rôle est traditionnellement dévolu à l’état. Dans les plus petites organisations, il s’agit de ceux qui établissent la charte que doivent suivre tous les membres. Tous les acteurs de l’écosystème acceptent de leur céder ce rôle afin qu’en retour, ils assurent sa régulation et le protègent des dérives.

i) Les contrôleurs

Ils vérifient les titres et droits accordés par les législateurs aux différents acteurs de l’écosystème, assurent la délivrance et le contrôle de ces derniers, vérifient que les acteurs s’acquittent de leurs devoirs et régulent les flux suivant les prescriptions des législateurs. Il s’agit du « bras armé » des législateurs. Ce sont des organes dissuasifs chargés de faire appliquer leur loi.

N. B.:

  1. une précision : tous ces acteurs peuvent être des personnes ou des organisations, privées ou non. Certains médias peuvent en faire partie ;
  2. comme nous l’avons dit dans le chapitre précédent, les interactions ne sont pas exclusives, certaines sont juste plus naturelles que d’autres ;

  3. les premiers interlocuteurs d’un acteur sont ses pairs. Vient ensuite le niveau d’acteurs suivant puis le niveau d’acteurs précédents.

Bon, je ne vais pas en faire le premier article de 10 000 mots de ma vie, donc je vais le couper. Encore. Et dire que je trouvais la longueur précédente… Longue. Bref, on se capte les gens 😉 Je vous laisse sur cette question : quel rôle jouez-vous, ou êtes-vous susceptibles de jouer dans votre environnement ? C’est le point de départ de l’aventure,  sourire.

barreblanche

Ace, @ledisrupteur


Sources :

Livre : Innovation Africa, Emerging Hubs of Excellence, Olubenga Adesida, Geci Karuri-Sebina, Joao Resende-Santos

Document : Réflexions pour une théorie des écosystèmes, par Serge Frontier

Livre : L’art de la guerre, Sun Tzu

Livre : Sur la ligne de faille, Geoffrey Moore

Livre : L’art de se lancer 2.0, Guy Kawasaki

Si tous mes liens pointent vers Amazon, c’est parce que c’est ma source principale de livres électroniques. Ils m’ont eu avec le Kindle. Tous mes livres papiers viennent soit de la FNAC, soit des librairies Eyrolles. Soit des vieilles librairies parisiennes, où le libraire échange encore passionnément sur les bouquins et leurs auteurs avec ses clients pendant de longues minutes… Je sors. ->

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